Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d'Ormesson, Comte d'Ormesson est l'écrivain que je préfère. Cependant, je dois bien l'avouer, ce n'est pas en tant qu'écrivain que j'ai découvert Jean d'Ormesson mais lors de ses apparitions télévisées. J'ai vu cet homme avec une culture générale débordante très loin des stéréotypes de l'écrivain aux multiples prix et reconnaissances, En effet, Jean d'Ormesson me parait être une personne fort sympathique avec qui nous pouvons parler et débattre. Je tiens à remercier énormément Jean J. pour m'avoir offert une collection de livres reliés de Jean d'Ormesson.
J'ai lu pendant ces vacances deux de ses livres : Odeur du temps et C'était bien. Le premier livre est un receuil de chroniques parues dans Le Figaro tandis que le second est un roman à caractère autobiographique. J'ai choisi de vous mettre un extrait de ce dernier . Ce passage traite du temps : le temps est un concept que tout le monde connait mais nous sommes incapables de définir ce qu'est exactement le temps. Jean d'Ormesson se propose de nous aider dans notre réflexion et notre prétendu savoir sur le temps.
Avant de commencer, voici une courte présentation de Jean d'Ormesson :
Jean d'Ormesson, de l'Académie française, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, a écrit des ouvrages où la fiction se mêle souvent à l'autobiographie : Du coté de chez Jean, Au revoir et merci, Le vagabond qui passe sous une ombrelle trouée, C'était bien ; une biographie de Chateaubriand : Mon dernier rêve sera pour vous ; et des romans : La gloire de l'Empire, Au plaisir de Dieu ( qui a inspiré un film en six épisodes qui est un des succès les plus mémorables de la télévision), Dieu, sa vie, son oeuvre, Histoire du Juif errant, La Douane de mer, Presque rien sur presque tout, Casimir mène la grande vie, Le rapport Gabriel et Voyez comme on danse. On lui doit Une autre histoire de la littérature française (deux volumes) et un recueil de textes : Et toi mon coeur pourquoi bats-tu ?
C'était bien
le temps, et rien d'autre
Rien ne nous est plus proche que le temps. Pour chacun d'entre nous, le temps est aussi proche que la vie, aussi proche que le monde, aussi proche que nous mêmes. Il est au plus intime de ce que je suis et de ce que vous êtes. Nous pouvons, avec de plus en plus de facilité, nous déplacer dans l'espace. Nous sommes rivés au temps et à notre temps. L'espace est la forme de notre puissance. Le temps est la forme de notre impuissance. Nous sommes les maîtres de l'espace. Le temps est notre maître.
Nous entrons dans le temps par notre naissance. Nous en sortons par notre mort. D'un bout à l'autre de notre existence, il se confond avec nous. L'énergie primitive, la matière, la vie ne sont d'abord que du temps. Et la pensée aussi. Tout ce qu'il y a sous le soleil, et au-delà du soleil, sort d'un big bang travaillé par le temps. Tous sans exeption, les Grecs le savaient déjà, nous sommes les enfants du temps.
[...] Le temps se confond à tel point avec chacun de nous qu'il finit par se laisser oublier et par nous échapper. J'ai souvent cité saint Augustin au livre XI de ses Confessions : " Si tu ne me demandes pas ce qu'est le temps, je sais ce que c'est ; dès que tu me le demandes, je ne sais plus ce que c'est." Le temps est une énigme : c'est le moins que nous puissions dire.
[...] tout, jusqu'aux phénomènes les plus complexes ou aux constructions les plus controversées de la physique mathématique, de la biologie moléculaire, de la psychologie des profondeurs ou de la théologie, est plus simple que le temps. Une devinette pour enfants, du genre de la silhouette du lapin à découvrir dans un dessin, peut servir d'introduction à la métaphysique du temps : "J'étais demain, je serai hier. Qui suis-je ?" Vous avez cinq secondes pour trouver "aujourd'hui". Tout, dans le temps, est de la même farine, où nous ne cessons jamais d'être roulés : une évidence très obscure et de bout en bout invraisemblable.
Le temps nous ne pouvons ni le voir, ni l'entendre, ni le sentir. Existe-t-il ? Oui, hélas ! il existe.
[...]Où est le temps ? Que fabrique-t-il ? Le temps est-il en nous ou sommes-nous dans le temps ? Que serait le temps s'il n'y avait pas des hommes pour le penser ? Le temps est-il éternel ou a-t-il eu un début comme la matière et l'espace, et aura-t-il une fin ? La tête se met à nous tourner.
J'ai lu pendant ces vacances deux de ses livres : Odeur du temps et C'était bien. Le premier livre est un receuil de chroniques parues dans Le Figaro tandis que le second est un roman à caractère autobiographique. J'ai choisi de vous mettre un extrait de ce dernier . Ce passage traite du temps : le temps est un concept que tout le monde connait mais nous sommes incapables de définir ce qu'est exactement le temps. Jean d'Ormesson se propose de nous aider dans notre réflexion et notre prétendu savoir sur le temps.
Avant de commencer, voici une courte présentation de Jean d'Ormesson :
Jean d'Ormesson, de l'Académie française, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, a écrit des ouvrages où la fiction se mêle souvent à l'autobiographie : Du coté de chez Jean, Au revoir et merci, Le vagabond qui passe sous une ombrelle trouée, C'était bien ; une biographie de Chateaubriand : Mon dernier rêve sera pour vous ; et des romans : La gloire de l'Empire, Au plaisir de Dieu ( qui a inspiré un film en six épisodes qui est un des succès les plus mémorables de la télévision), Dieu, sa vie, son oeuvre, Histoire du Juif errant, La Douane de mer, Presque rien sur presque tout, Casimir mène la grande vie, Le rapport Gabriel et Voyez comme on danse. On lui doit Une autre histoire de la littérature française (deux volumes) et un recueil de textes : Et toi mon coeur pourquoi bats-tu ?
C'était bien
le temps, et rien d'autre
Rien ne nous est plus proche que le temps. Pour chacun d'entre nous, le temps est aussi proche que la vie, aussi proche que le monde, aussi proche que nous mêmes. Il est au plus intime de ce que je suis et de ce que vous êtes. Nous pouvons, avec de plus en plus de facilité, nous déplacer dans l'espace. Nous sommes rivés au temps et à notre temps. L'espace est la forme de notre puissance. Le temps est la forme de notre impuissance. Nous sommes les maîtres de l'espace. Le temps est notre maître.
Nous entrons dans le temps par notre naissance. Nous en sortons par notre mort. D'un bout à l'autre de notre existence, il se confond avec nous. L'énergie primitive, la matière, la vie ne sont d'abord que du temps. Et la pensée aussi. Tout ce qu'il y a sous le soleil, et au-delà du soleil, sort d'un big bang travaillé par le temps. Tous sans exeption, les Grecs le savaient déjà, nous sommes les enfants du temps.
[...] Le temps se confond à tel point avec chacun de nous qu'il finit par se laisser oublier et par nous échapper. J'ai souvent cité saint Augustin au livre XI de ses Confessions : " Si tu ne me demandes pas ce qu'est le temps, je sais ce que c'est ; dès que tu me le demandes, je ne sais plus ce que c'est." Le temps est une énigme : c'est le moins que nous puissions dire.
[...] tout, jusqu'aux phénomènes les plus complexes ou aux constructions les plus controversées de la physique mathématique, de la biologie moléculaire, de la psychologie des profondeurs ou de la théologie, est plus simple que le temps. Une devinette pour enfants, du genre de la silhouette du lapin à découvrir dans un dessin, peut servir d'introduction à la métaphysique du temps : "J'étais demain, je serai hier. Qui suis-je ?" Vous avez cinq secondes pour trouver "aujourd'hui". Tout, dans le temps, est de la même farine, où nous ne cessons jamais d'être roulés : une évidence très obscure et de bout en bout invraisemblable.
Le temps nous ne pouvons ni le voir, ni l'entendre, ni le sentir. Existe-t-il ? Oui, hélas ! il existe.
[...]Où est le temps ? Que fabrique-t-il ? Le temps est-il en nous ou sommes-nous dans le temps ? Que serait le temps s'il n'y avait pas des hommes pour le penser ? Le temps est-il éternel ou a-t-il eu un début comme la matière et l'espace, et aura-t-il une fin ? La tête se met à nous tourner.